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Brevity is the soul of wit – ANGLES #1

Yan Brailowsky (ed.), Angles  – journal published by the SAES, #1 (2015). ISSN: 2274-2042.

Brevity is the soul of wit - Angles, #1

This issue contains thematic contributions on the famous adage ‘brevity is the soul of wit’ which  offer transhistorical and transcultural analyses which point out the formal and aesthetic aspects of certain forms, as well as the cultural context and political use of jokes and repartee by writers, screen-writers, political commentators or politicians.

The issue also includes three contributions in the Varia section which give readers/viewers an inkling of the wealth of innovative research made possible by Angles and its online format.

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Contents

Editorial

Video introduction to issue #1, Yan Brailowsky

Brevity is the soul of wit

Varia

1970-2010, les sciences de l’Homme en débat

Yan Brailowsky et Hervé Inglebert (eds.), Nanterre: Presses Universitaires de Paris Ouest (2013), 492 pages. ISBN: 978-2-84016-134-9.

Les sciences de l'Homme en débatA l’occasion des quarante ans de la création de l’université de Nanterre, un colloque international a fait le point sur les transformations des sciences humaines et sociales de 1970 à nos jours. Ce colloque — nécessairement inter- voire transdisciplinaire — a été l’occasion de rappeler que, malgré la perte d’audience des SHS, les évolutions des connaissances qui redéfinissent le monde ont de grandes conséquences sur l’engagement politique et la formation pédagogique et citoyenne.

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Les participants à ce colloque ont également pu constater que les grands paradigmes du passé – marxisme, structuralisme, fonctionnalisme – se sont enrichis d’autres manières de questionner le monde, en particulier les gender, subaltern et postcolonial studies, et des sciences de la cognition, en plein développement grâce aux progrès des techniques biomédicales. Si les SHS restent indispensables pour l’analyse des relations entre société et individu d’une part, et biologie et culture de l’autre, la prise en compte de certains aspects des sciences de la nature semble aujourd’hui néanmoins nécessaire pour mieux redéfinir l’humain. Enfin, les contributions de ce volume montrent qu’il est encore possible de poursuivre une réflexion épistémologique synthétique permettant de mieux redéfinir le domaine d’analyse des SHS.

Table des matières

  • Remerciements
  • Avant-propos, Hervé Inglebert et Yan Brailowsky

Engagements et paradigmes

  • Que devient la théorie ? Sciences humaines, politique, philosophie (1970-2010) : réflexions et propositions, Étienne Balibar
  • À quelles conditions une pensée peut-elle être critique ?, Didier Eribon
  • Économie versus Sociologie. Du moment marxiste au dialogue des disciplines (1970-2010) : le cas de Nanterre, François Vatin

Disciplines et indisciplines

  • L’histoire et les SHS (1970-2010) : des beaux jours de l’impérialisme aux incertitudes de l’interdisciplinarité, Ludovic Tournès
  • Le terrain transitionnellement : une transdisciplinarité entre géographie, art et psychanalyse, Anne Volvey

Transformations et remises en cause des disciplines

  • L’évolution des théories économiques dominantes à partir des années 1970 : une approche à partir de la place que la monnaie y tient, Bruno Théret
  • L’évolution de la théorie du droit (1970-2010), Michel Troper
  • Le tournant cognitif et les sciences du langage, John Goldsmith
  • De l’anthropologie clinique, ou de la sagesse de l’indiscipline, Pierre-Yves Balut

Les faces-à-faces transatlantiques

  • Le genre en histoire : une question de méthode, Michèle Riot-Sarcey
  • Les Cultural Studies (1970-2010), Lynn Hunt
  • Une nouvelle donne en histoire de l’art (1970-2010), Yve-Alain Bois
  • Le postcolonialisme (1980-2010), Jacques Pouchepadass

Des sciences humaines et sociales en crises ?

  • Les sciences sociales, le numérique et l’Internet, Bruno Racine
  • Les sciences politiques au cœur du maelström, Bernard Lacroix
  • Diversité culturelle et mondialisation : uniformisation ou production de la différence ?, Jean-Loup Amselle

Le curseur culture/nature aujourd’hui

  • Le déterminisme et le libre arbitre aujourd’hui, Iégor Reznikoff
  • Écologie, géographies (physique et humaine) : entrelacements conceptuels et irritations de surface, Hervé Regnauld
  • Nature et culture en anthropologie, Sophie Blanchy
  • Le naturalisme est-il l’horizon scientifique des sciences sociales ?, Daniel Andler

Perspectives académiques d’aujourd’hui

  • Les sciences humaines et sociales : un paysage en recomposition, Marie-Claude Maurel
  • Le contexte européen de la recherche en sciences humaines et sociales, Jean-Michel Roddaz
  • Histoire et histoires : par-delà les nations, comparaisons et frontières, Christophe Charle

Approches transdisciplinaires

  • Ontologie et sciences sociales, Pierre Livet
  • L’apport de l’histoire des sciences de l’Homme à la compréhension des sciences humaines et sociales, Claude Blanckaert
  • Quel type d’unité pour les sciences humaines et sociales ?, Hervé Inglebert
  • Les sciences humaines et sociales, un regard rétrospectif, Tzvetan Todorov

Annexe

The Spider and the Statue: Poisoned Innocence in The Winter’s Tale

Yan Brailowsky. Paris: PUF, 2010, collection CNED. 210p. ISBN: 9782130581789.

Much maligned and disfigured over the centuries, Shakespeare’s The Winter’s Tale has become a treasure-trove for actors, directors and critics alike, attracted by the play’s curious blend of tragedy, comedy and pastoral, in a two-part structure separated by sixteen years—and a bear.

From Leontes’ jealous frenzy, represented by some of the most obscure passages in Shakespeare, to Perdita’s fabled speech on art and nature, or Hermione’s statue, the play illustrates the magical power of poiesis, while probing into the human condition.

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Discussing the play’s key issues, notably the relevance of genre and performance, context and reception, time and truth, eloquence, innocence, knowledge, diversion and recreation, this book provides a useful theoretical, historical and critical background to perform close, personal readings of The Winter’s Tale, using both stage- and text-centered criticism.

Contents

Introduction

I. From source to performance: determining genre and expectations

1. An arch-rival plagiarized? Dramatizing Greene’s Pandosto … 14

a. Sources and inspiration: adapting old talesaccording to taste … 14
b. Incorporating “dramatic” changes … 20

2. Shakespeare and anti-Aristotelian theater, or the generic impasse … 33

a. Of the uses and limitations of genres and subgenres … 35
b. An editorial choice or accident? … 38

3. From page to stage: unsettling expectations, trusting performance … 41

a. Symbolic and structural theatricality … 42
b. The power of performance (I): Leontes’ jealousy … 43
c. The power of performance (II): Hermione’s resurrection … 46
d. From “old tale” to ritualized performance … 47

II. Context and reception. Is there a context to this play?

1. The Winter’s Tale and the Jacobean Context … 52

a. Early performances: a revised text? … 53
b. Family politics: exploring royal succession … 55
c. Of tyranny, royal prerogative and patriarchy … 58
d. The Winter’s Tale, the Shakespearean canon and Jacobean drama … 62

2. Post-Jacobean reception … 72

a. Shakespeare “improved”: the example of Garrick’s dramatic pastoral … 73
b. Bardolatry and archaeology: praising Shakespeare for the “wrong” reasons … 77

III. Temporis filia veritas

1. An ill-timed play? … 82

a. Fortune and “The Triumph of Time” … 82
b. Temporal ambiguity in act 1 … 86
c. From “mis-shapen” to poetic time … 95

2. ‘The time is worth the use on’t’: The Chorus and the Oracle … 98

a. The Chorus and the power of poiesis (reading 4.1) … 99
b. The Delphic Oracle, the Vates and the voice of Apollo (reading 3.1) … 108

3. From syncretism to didacticism … 114

a. Seasonal pastimes, syncretic time, and topological readings … 114
b. “Hovering temporizer”: Of the timely use of advisors … 121

IV. Poisoning knowledge

1. Ignorance, sin and self-knowledge … 128

a. “Innocence for innocence”: childhood and original sin … 128
b. The paradox of “tongue-tied” eloquence … 131
c. Identity and difference: from mimetic desire to destructive jealousy … 137

2. The parable of the spider … 143

a. “Affection” and “infection” … 143
b. Angling and (in)direct speech … 151

V. Diversion and recreation

1. Diversion I: Antigonus’ dream and ‘Exit, pursued by a Bear’ … 158

2. Diversion II: The Mercurial Thief … 166

3. Diversion III: Music, dances and satyrs … 176

4. Statuesque recreation (diversion IV) … 179

a. Recognition narrated … 179
b. Art and nature … 181
c. Perspective, paragone and ekphrasis … 187

Conclusion: A comedy of loss, redemption and remarriage?

Select bibliography (199-205)

‘A sad tale’s best for winter’: Approches critiques du Conte d’hiver de Shakespeare

Yan Brailowsky, Anny Crunelle et Jean-Michel Déprats (eds.), Nanterre: Presses Universitaires de Paris Ouest (2011), 270 pages. ISBN: 978-2-84016-086-1.

Œuvre composite, Le Conte d’hiver a longtemps été une œuvre décriée par la critique. Redécouverte au début du XXe siècle, la pièce a depuis fait l’objet de nombreuses interprétations novatrices et reprises au théâtre.

Ce volume s’inscrit dans ce renouveau critique, et se propose d’étudier les sources et l’identité littéraire de la pièce, la comparaison entre les arts qu’elle propose, et de se plonger dans une réflexion sur l’enfance, la parole féminine, les relations passionnelles, le libre-arbitre et les intertextes.

Par ses approches critiques variées, allant de l’analyse des sources à la philosophie, en passant par des témoignages de praticiens du théâtre et l’analyse stylistique, ce volume montre toute la richesse du Conte d’hiver de Shakespeare.

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Table des matières

Avant-propos, Yan Brailowsky

ATTRIBUTIONS ET INFLUENCES

  • L’hiver d’un singe, Dominique Goy-Blanquet
  • Green(e) Shakespeare : Pandosto et Le Conte d’hiver, Sophie Chiari
  • Natures’s Bastards: Flower Power in Bohemia, Richard Wilson

TRADUCTIONS ET MISES EN SCENE

  • Rencontre avec Stéphane Braunschweig, Présentée et animée par Jean-Michel Déprats et Estelle Rivier
  • « I have tremor cordis on me » (1.2.109) : traduire la parole émotive de Léontès. Rythme, métrique et syntaxe dans quatre traductions du XXe siècle, Mylène Lacroix

LA PAROLE DANS TOUS SES ETATS

  • Féminin, filiation et re-création dans The Winter’s Tale : la langue des femmes, de la tragédie à la comédie, Delphine Lemonnier-Texier
  • « If I prove honey-mouthed, let my tongue blister » (2.2.32) : Paulina, figure de parrèsiaste dans The Winter’s Tale, Pascale Drouet
  • « Sicilia is a so forth » : la rumeur dans The Winter’s Tale, Nathalie Vienne-Guerrin

LE VISUEL ET LA STATUE

  • Visual vs. Narrative Truth in The Winter’s Tale, Jana Pridalova
  • “The Fixure of her Eye has Motion in’t”: The Discerning Ekphrasis of Hermione’s Statue in The Winter’s Tale, Michele de Benedictis

PSYCHANALYSE ET PHILOSOPHIE

  • La relation d’amour fraternel archaïque entre Leontes et Polixenes : hommage à Murray Schwartz, Yves Thoret
  • Freedom and Necessity in The Winter’s Tale, Claire Guéron

VARIATIONS ET CONTREPOINTS

  • La fausse relation dans The Winter’s Tale, Francis Guinle
  • Le Conte d’hiver : la cause et le jeu ou le règlement de comptes/conte, Danièle Berton-Charrière

Bibliographie générale

Biographies

Le Bannissement et l’exil en Europe aux XVIe et XVIIe siècles

Pascale Drouet & Yan Brailowsky (eds.), Presses Universitaires de Rennes, Revue La Licorne, N°94 (novembre 2010), 272 pages, index. ISBN: 978-2-7535-1244-3.

Dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles, on présentait souvent le bannissement et l’exil qui s’ensuivait comme une juste punition pour avoir transgressé la loi. On condamnait ainsi les pauvres, les vagabonds ou les femmes, pour mendicité, vol ou adultère. Dans d’autres cas, on incitait fermement hommes et femmes à quitter leur pays pour échapper aux persécutions religieuses ou politiques ; ainsi des juifs et des protestants fuyant l’Inquisition, des rebelles et des courtisans tombés en disgrâce.

En proposant des textes de littéraires et d’historiens sur la mise au ban en France, en Allemagne, en Italie et en Angleterre, ce numéro de La Licorne invite à la réflexion sur les rapports entre le «cruel exil» et l’exercice du pouvoir. La proclamation : «Je te bannis !» n’est pas qu’un acte performatif censé traduire une «œuvre de justice», c’est également une «manifestation de force» destinée à marginaliser des individus exceptionnels ou certaines populations indésirables.

Cet ouvrage commence par évoquer les problèmes religieux de la mise au ban, de l’enfermement, de l’excommunication et de l’exil. Il aborde ensuite les modalités et les significations sociales, politiques et légales de ces peines. Enfin, il examine plus particulièrement la poétique du bannissement et de l’exil telle qu’elle se dégage des mémoires d’exilés et des œuvres dramatiques. Par ses approches critiques variées qui s’interpellent et se répondent, il tente de comprendre ce qui se joue dans le douloureux envers de l’exil, dans «le territoire dangereux de la non-appartenance».

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Table des matières

Avant-propos: Pascale DROUET … 7

ET DIEU DIT: « SORS HORS DU PAYS DE TA NATIVITÉ » (GEN. 12:1)

  • Yan BRAILOWSKY: Mis au ban de la Terre Promise? La mythographie des exilés religieux sous le règne de Mary Tudor … 15
  • Giorgos PLAKOTOS: La mise au ban « interne » de l’autre: les perceptions du crypto-judaïsme et l’Inquisition à Venise à la Renaissance … 31
  • Ionut UNTEA: Excommunication, exil et discrimination chez Thomas Hobbes … 43

LOIS ET SOCIÉTÉS

  • Jason P. COY: « Hors de ce domaine et territoire »: le bannissement en Allemagne à l’époque moderne … 67
  • Jennifer TAMAS: L’imaginaire de la clôture à travers le cloître et la maison close au XVIIe siècle: la femme et la mise au ban de la société française … 85
  • Jane KINGSLEY-SMITH: « Oh! Bannissez-moi, monseigneur, mais ne me tuez pas »: l’exil et le divorce dans la société et sur la scène jacobéennes … 101
  • Mickaël POPELARD: Deux portraits du savant élisabéthain en paria: les exemples croisés de John Dee et du Doctor Faustus de Christopher Marlowe … 121

REPRÉSENTATIONS THÉÂTRALES

  • Sabine HOUMARD: Bannis, exilés, migrants: la figure de l’expatrié dans le théâtre de Georges de Scudéry … 143
  • Pauline BLANC: Le bannissement et l’incivilité sur la scène pré-moderne anglaise … 167
  • Richard HILLMAN: Le bannissement et la subjectivité chez Shakespeare … 175
  • Claire GUÉRON: « Bannissez votre radotage »: une métaphore du bannissement dans Timon d’Athènes, Le Roi Lear, Coriolan et La Tempête de Shakespeare … 185

MÉMOIRES D’EXILÉS

  • Claire BOTTINEAU-SICARD: « Tu t’en iras sans moi voir la court de mon Prince »: l’exil  chez Marot (1535-1544) et Du Bellay (1558) … 197
  • Mathieu LEMOINE: Le bannissement de la Cour: caractères et enjeux de la disgrâce chez les mémorialistes de la première moitié du XVIIe siècle … 217
  • Pierre BONNET: L’exil d’Henri de Rohan et le devoir d’écrire: recherche d’une légitimation, entre désir de réhabilitation et poursuite cryptée du combat … 231

NOTES SUR LES AUTEURS … 261

INDEX … 267

TABLE DES MATIÈRES … 271

William Shakespeare, King Lear

Yan Brailowsky. Paris: Editions SEDES, 2008. 160p. ISBN: 9782301000415.

King Lear est peut-être l’une des œuvres de William Shakespeare dont le sens et la signification théâtrale ont le plus évolué depuis la première représentation, en 1606, devant Jacques Ier, le nouveau roi d’Angleterre. À l’histoire de Lear et de ses filles, puisée dans les légendes britanniques, Shakespeare ajoutait celle d’un comte, aveuglé par la traîtrise de ses fils, des scènes où la folie du roi se joint à celle d’un Fou et d’un possédé, et un dénouement d’une surprenante cruauté.

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Conçu notamment pour les étudiants préparant le Capes et l’agrégation d’anglais, cet ouvrage s’appuie sur la critique anglo-saxonne pour s’interroger sur la fonction poétique des ajouts du dramaturge. En replaçant la pièce dans son cadre historique, politique et religieux, il propose une lecture précise de l’œuvre, examinant notamment les liens entre le pouvoir et l’exil, la bâtardise et la possession, la raison et la déraison, la parole et l’espace.

Contents

Introduction

Le problème éditorial 7
Lecture détaillée 8
Les enjeux dramatiques 8
Remarques sur l’organisation du volume 9
Remerciements 9

Chapter 1 – “King Lear: What Is It About? ” Of endings and beginnings

1.1 “Is this the promised end?”

1.1.1 Ambiguous endings and conflicting texts 13

1.1.1.1 The deaths of Lear, Leir, Leire and Leyr compared 13
1.1.1.2 Editing Lear: the ending in Q1, F, Arden and Oxford 16

1.1.2 Redemption or Apocalypse? 22

1.1.2.1 The Book of Revelation as ultimate ending 22
1.1.2.2 “Produce the bodies, be they alive or dead” 24

1.1.3 Literary constructs: “the sense of an ending” 27

1.1.3.1 History and tragedy: theories on genre 27
1.1.3.2 King Lear as “fiction” 32

1.2 “Prophecy after the event”

1.2.1 Beginnings 35

1.2.1.1 Differences between the sources, Q1 and F 35
1.2.1.2 A surprisingly quick succession 40

1.2.2 What happens before the play starts? 42

1.2.2.1 What we know of Lear 42
1.2.2.2 What we know of Lear and Gloucester’s children 45

1.2.3 Does Act 1 really announce what comes next? 48

1.2.3.1 The “missing middle” 48
1.2.3.2 Entelechy, dramatic irony and prolepsis vs. fictional endings 51

1.3 Pour aller plus loin

Bibliographie 55
Questions pour approfondir la réflexion 55

Chapter 2 – Plots and subplots

2.1 Structure and analogy

2.1.1 Origins and function of the Gloucester subplot 58

2.1.1.1 Sidney’s Arcadia and the Prince of Paphlagonia 59
2.1.1.2 Dramatizing the subplot: from pastoral to tragedy 61
2.1.1.3 The subplot’s “function(s)”, “double” plots and Lear’s “unity” 67

2.1.2 Sight and blindness: conventional tragic metaphors? 70

2.2 Lear’s adjuvants, Cordelia and the Fool

2.2.1 Youth vs. old age: Cordelia as “infant” and “child” 77
2.2.2 Of fools and folly 79

2.2.2.1 From “court fool” to stage Fool 80
2.2.2.2 Interpreting the Fool’s prophecy: Merlin and merismus 86
2.2.2.3 The Fool: Lear’s double? 89

2.2.3 Cordelia and the Fool: doubling roles? 91

2.2.3.1 Disregarding age and gender 91
2.2.3.2 “Foolish honesty”: truth-telling and paradoxy 93

2.3 Pour aller plus loin

Bibliographie 95
Questions pour approfondir la réflexion 96

Chapter 3 – The purposes of division: (family) politics

3.1 Topicality: taking lessons from History

3.1.1 A cruel play for cruel times 98
3.1.2 Decolonization and Lear: what dividing “all” means 101
3.1.3 From Stonehenge to Hobbes 103

3.2 A Jacobean crisis of the king’s two bodies?

3.2.1 From the Middle Ages to James’s Basilikon Doron 106
3.2.2 Division and schize: gazing at the Other 110

3.3 Pour aller plus loin

Bibliographie 114
Questions pour approfondir la réflexion 115

Chapter 4 – Bastardy

4.1 From medieval Vice to modern Machiavelli

4.1.1 “In everything illegitimate”: subverting primogeniture 118
4.1.2 Astrology, Nature and property 120

4.2 Rethinking bastardy

4.2.1 Treacherous and intercepted letters 124
4.2.2 The fear of uncertain origin(s) 127

4.3 Pour aller plus loin

Bibliographie 130
Questions pour approfondir la réflexion 130

Chapitre 5 – De la motion à l’émotion

5.1 Exils

5.1.1 Aux origines de l’exil : le pharmakos et la Genèse 132
5.1.2 De l’exil à l’errance, ou l’émotion dans l’espace 134

5.2 Interpréter la (dé)possession

5.2.1 Possession démoniaque 137
5.2.2 « Reason in madness » 139

5.3 Pour aller plus loin

Bibliographie 141
Questions pour approfondir la réflexion 142

Conclusion

Bibliographie

Language and Otherness in Renaissance Culture

Langue et altérité dans la culture de la Renaissance

Selected and Expanded Papers from the Second International Colloquium in the series Early Modern Cartographies of Difference (Nanterre, 16-17 June 2006).

Edited by Ann Lecercle & Yan Brailowsky
© 2008 Presses Universitaires de Paris Ouest, ISBN : 978-2-84016-039-7

Au cœur de l’organisation sociale de la Grèce antique et de l’institution théâtrale s’inscrivait Dionysos, « la figure de l’Autre » par excellence (Louis Gernet). Le théâtre élisabéthain, quant à lui, plaçait le festif ou l’Altérité prohibée dans un lieu alternatif, de l’autre côté de la Tamise, comme pour mieux confronter la ville au-delà de ses frontières. Entre les murs du théâtre, les garçons jouaient les rôles de femmes – fait unique en Europe à l’époque – alors que le langage était lui-même « autre », un mélange instable d’idiomes naturels et de langues vernaculaires issues des cultures dominantes d’Europe continentale, marquant la disparition progressive de la langue de l’« Église d’Antan », le latin, de plus en plus souvent perçu comme la langue de l’Autre suprême, le Pape Antéchrist.
Ce volume tente de montrer la diversité topologique de l’Altérité dans la culture de la Renaissance en s’intéressant à la fois à la langue « autre » (la calomnie, l’insulte, le jargon des colporteurs, la traduction, la prophétie), comme aux figures de l’« Autre » (le fantôme, le bâtard, le garçon acteur travesti, l’homme des bois…).

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In Ancient Greece, the institution of the theatre marked the installation, at the centre of society, of Dionysus, “the figure of the Other” par excellence (Louis Gernet). The Elizabethan theatre accommodated the festive or forfended Other from a vantage point, on the other side of the River Thames, confronting the city just beyond its limits. Within the walls of the theatre, women were played by boys, a fact unique in contemporary Europe, while the tongue in which they played was constitutively inhabited by Otherness, an unstable melting pot of natural idioms and vernaculars from the dominant cultures of the Continent, marking the eclipse of the language of the “Old Church”, Latin, increasingly identified with the language of the ultimate Other, the Roman Antichrist.
This volume explores the topology of Otherness in Renaissance culture by addressing otherness in utterance (slander, insult, underworld cant, translation, prophecy), as well as with the figures of the Other (the ghost, the bastard, the transvestite boy actor, the Green Man…).

Contents / Table des matières

List of illustrations / Table des illustrations (iv)

Preface / Préface (1)

  1. Cartographies of Otherness : Placing Parameters (5)
    Ann Lecercle
  2. « Castalian King Urinal Hector of Greece » : la « langue latrine » dans The Merry Wives of Windsor (15)
    Nathalie Vienne-Guerrin
  3. “A Kind of Music” : The Representation of Cant in Early Modern Rogue Literature (31)
    Viviana Comensoli
  4. Le jargon des colporteurs : de la langue secrète à la représentation pittoresque (45)
    Pascale Drouet
  5. “Lest My Brain Turn”: Lying about Dover Cliff, and Locating the Other in King Lear (59)
    Simon Ryle
  6. At the “frank heart” of King Lear : Shakespeare’s French As a Second Language (77)
    Marie-Dominique Garnier
  7. Curiositas et dynamique du désir dans le Londres élisabéthain (87)
    François Mallet
  8. Arboreal language and otherness in Andrew Marvell’s “Upon Appleton House” (1651) (101)
    Victoria Bladen
  9. Prophetic Utterance in Elizabethan Culture (131)
    Yan Brailowsky
  10. Signes scéniques et trouble identitaire : l’altérité de l’ombre tragique (147)
    François Lecercle
  11. “And if that Envie barke at thee”: Slanderous Reading and the Case of Ben Jonson (165)
    Lynn Sermin Meskil

Appendix / Appendice (179)

Contributors / Note sur les auteurs (185)

Index (189)

‘Let me prophesy’: Apocalypse et inspiration prophétique dans Richard II de Shakespeare

Yan Brailowsky (Université Paris X Nanterre), in Dominique Daniel & Michel Naumann (eds.), L’autre : journée d’étude sur les auteurs et sujets des concours 2006, Tours: PUFR (2006): 81-100. PDF version: download.

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Anecdote préliminaire

Dans son article ‘Fiction and Fiction’ consacré à Thucydide et la naissance de l’historiographie moderne, Joel Fineman montre comment l’anecdote, un élément apparemment gratuit, non-historique, non-narratif, est en vérité un élément constitutif de la “grande” Histoire; l’anecdote est à la fois en dehors de l’Histoire, tout en étant la seule chose qui relie l’Histoire au réel : “The anecdote is the literary form that uniquely lets history happenby virtue of the way it introduces an opening into the teleological, and therefore timeless, narration of beginning, middle, and end.” 1Joel FINEMAN, “The History of the Anecdote: Fiction and Fiction”, in The New Historicism,ed. Harold Veeser, Londres, Routledge, 1989, p. 61.

Doit-on considérér comme anecdotique le fait qu’exactement deux siècles se soient écoulés entre l’époque historique mise en scène dans Richard II et la date de composition de cette pièce 2Les faits historiques remontent aux années 1397-1400 ; la pièce daterait de 1595. Sur la date de composition de la pièce, voir Charles R. FORKER, King Richard II, Londres, Arden Shakespeare, 2002, p. 111-120. Toutes les références à la pièce, ci-après désignée R2, sont tirées de cette édition., et que dans chaque cas il s’agissait d’une fin de siècle ? Ou cette remarque permet-elle, au contraire, de mieux comprendre les avertissements apocalyptiques contenus dans cette œuvre ?

Que la fin de l’histoire dont il est question dans ces prophéties coïncide avec la fin d’un siècle du calendrier chrétien, que cette coïncidence n’en soit pas une, que cette fin soit le symbole d’une autre fin, plus fondamentale qu’un simple changement calendaire, voilà une croyance relativement récente dont il sera bon de rappeler rapidement l’origine. Si je commence cette étude en notant la correspondance qu’établit Shakespeare, au moment de choisir d’écrire Richard II, entre la fin du quatorzième siècle et la fin du seizième siècle, il faudra se demander dans quelle mesure les contemporains de l’époque représentée, d’une part, et de l’époque de la représentation, de l’autre, étaient conscients de vivre une « fin de siècle » 3Remarquons dès à présent que le concept de « fin de siècle » remonte au dix-neuvième siècle: “Late in 1885, fin de siècle made its popular debut as a single phrase, a phrase at first descriptive of personal manner and carriage, then of the manners and carriage of the epoch itself. ‘To be fin de siècle,’ explained one French article in 1886, ‘is to be no longer responsible; it is to resign oneself in a nearly fatal fashion to the influence of the times and environs… It is to languish with one’s century, to decay along with it.’” Hillel SCHWARTZ, Century’s End: A Cultural history of the fin de siècle, New York, Doubleday, 1990, p. 159..

Dans les pages qui suivent, je reviendrai donc sur les nombreuses prophéties contenues dans Richard II, en les replaçant dans l’histoire des mouvements apocalyptiques et millénaristes de la fin des quatorzième et seizième siècles. Je proposerai la thèse suivante : avec Richard II, Shakespeare nous invite à explorer le sens de l’histoire et de la fin des temps. L’anecdote préliminaire est donc, en réalité, programmatique.

Historiographie et Pronostic

Avant d’introduire la question de l’Apocalypse et du millénarisme, il est bon de revenir sur deux aspects soulignés par Fineman dans son article. Tout d’abord, d’après Fineman, Thucydide marque la naissance d’une conception moderne de l’Histoire : ses récits se démarquent des fables habituelles pour proposer une narration des faits tels qu’ils ont se produire. Cette approche permet d’éclairer la suite des événements, étant entendu que l’Histoire se répète, et que la narration d’une guerre particulière correspond en bien des points à ce qui adviendra, un jour, ailleurs, en un autre temps.

L’absence de merveilleux dans mes récits les rendra peut-être moins agréables à entendre. II me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l’avenir selon la loi des choses humaines ne peut manquer de ramener, jugent utile mon histoire. C’est une œuvre d’un profit solide et durable plutôt qu’un morceau d’apparat composé pour une satisfaction d’un instant. 4THUCYDIDE, Histoire de la guerre du Péloponnèse, traduction Jean Voilquin, Garnier Frères, Paris, s.d., 1.22.4, cité en anglais par J. FINEMAN, ibid., p. 52.

Ensuite, il faut mettre en regard cette conception de l’Histoire avec les remarques subséquentes de Fineman sur la médecine hippocratique. Celle-ci, en effet, consiste d’abord à apprendre à observer méticuleusement les symptômes d’une maladie pour pouvoir recréer l’histoire de la maladie, une narration qui permettra au médecin d’évaluer les chances de survie du malade avec exactitude. Plus les diagnostics du médecin sont justes, plus sa réputation est grande. 5J. FINEMAN, ibid., p. 56. Citons, pour mémoire, la traduction française du texte hippocratique: « Il est impossible de rendre la santé à tous les malades, et cela vaudrait certainement mieux que de prévoir l’avenir ; mais comme les hommes périssent, les uns terrassés tout à coup par la violence du mal, avant d’avoir appelé le médecin, les autres presque aussitôt qu’ils l’ont fait venir, ceux-ci un jour après, ceux-là après un peu plus de temps, mais toujours avant qu’il lui ait été possible de combattre avec les moyens de l’art chaque maladie, il faut qu’il sache reconnaître la nature de ces affections et jusqu’à quel point elles dépassent les forces de l’organisme, et s’il n’y a point en elles quelque chose de divin, car ceci éclaire le pronostic. Un tel médecin sera justement admiré et excellera dans son art ; mieux que tout autre il saura préserver de la mort les malades susceptibles de guérison, en se précautionnant plus longtemps à l’avance contre chaque événement ; prévoyant et pronostiquant ceux qui doivent guérir et ceux qui doivent mourir, il sera exempt de reproche. » HIPPOCRATE, Le Pronostic, trad. Ch. V. Daremberg, Paris, Charpentier, Fortin, Masson, 1854-1856, §1.

A partir des deux remarques précédentes, historiographique, pour l’une, médicale, pour l’autre, on peut proposer l’hypothèse suivante : le prophète, tel qu’il peut apparaître dans une pièce comme Richard II, est à mi-chemin entre l’historien et le médecin. Comme la médecine hippocratique, le prophète pratique un « art », et non une science. Comme l’historien, le prophète propose une narration de l’Histoire qui peux servir de leçon pour l’avenir. Mais la narration prophétique est supérieure à toute narration historique, médicale ou nosologique car, comme le dit Francis Bacon dans The Advancement of Learning:

Prophecy, it is but Divine History; which hath that prerogative over human, as the narration may be before the fact, as well as after.

Bacon ajoute:

divine prophecies; being of the nature of their Author, with whom a thousand years are but as one day; and therefore are not fulfilled punctually at once, but have springing and germinant accomplishment throughout many ages; though the height or fulness of them may refer to some one age. 6Francis BACON, The Advancement of Learning, ed. G. W. Kitchin, Londres, New York, J.M. Dent & Sons, E.P. Dutton & Co., (1605) 1934, p. 69, p. 80.

Les prophéties sont donc hors du temps historique habituel : elles transcendent la linéarité habituelle de l’histoire par des retours en arrière ou des répétitions dans le futur. La deuxième citation répond au mot de Pierre : « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. » (2 P 3.8.) 7J’utilise la traduction de l’école Biblique de Jérusalem, Paris, Desclée de Brouwer, 1975.

Millénarisme(s)

Si je m’attarde ainsi sur la question de l’historiographie et de la temporalité propre à toute narration prophétique, c’est qu’en abordant la question de l’Apocalypse, on se heurte à plusieurs problèmes de définition dont nous pouvons essayer d’esquisser les contours. Les problèmes de définition sont particulièrement nombreux autour de la notion centrale du « millénium » et du millénarisme — une notion évoquée par le mot de Pierre (mille ans).

1-Qu’est-ce que le millénarisme ? Ce que l’on appelle également chiliasme est la croyance en un millénium, une période de mille ans de paix terrestre évoquée dans le chapitre 20 de l’Apocalypse de Jean, période pendant lesquelles Satan serait « enchaîné » dans « l’Abîme » et le Christ règnerait sur le monde avec les fidèles (Ap. 20.2-3).

1.1-Comment reconnaître le début du millénium ? Les commentateurs bibliques suivent les indications de Jean, selon lequel le millénium commencerait avec la « première résurrection » des Justes (Ap. 20.4-6), qui « reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. » (Ap. 20.4-5).

1.2-Comment reconnaître la fin du millénium ? Avec la venue de l’Antéchrist, un imposteur qui tente d’imposer une religion contraire à celle du Christ, et la destruction du monde avant le Jugement Dernier (Ap. 20.7-12). Notons que la définition ambiguë de l’Antéchrist rend difficile toute identification définitive. De nombreux « prophètes » un temps honorés furent, ensuite, traités d’Antéchrist. Le cas le plus célèbre à la Renaissance est sans doute celui de Savonarole qui, après avoir été sanctifié de son vivant, fut brûlé vif. Il existe également une importante tradition qui identifie l’Antéchrist avec le Pape 8“Those who regularly and consistently equated the Pope or the papacy with Antichrist were the heretics — Joachim of Flora (c. 1135-1202), the Cathars, who thought Pope Sylvester I was Antichrist, the Albigensians, the Waldensians, the Spiritual Franciscans, the Fraticelli, Wyclif and the Lollards, Hus and the Hussites. […] By the time of Elizabeth I, the doctrine that the Pope was Antichrist had acquired a theoretical respectability which seemed to rescue it from the subservive dangers of medieval heresy and tie it safely to monarchy. This was mainly the work of Martin Bucer and John Foxe.” Christopher HILL, Antichrist in Seventeenth-Century England, Londres, Verso, [1971] 1990, p. 7-8, 13. Voir p. 1-77 pour un résumé très complet de la situation en Angleterre avant 1640..

1.1.1.-Le millénium correspond-il à mille ans exactement ? Depuis Augustin, les commentateurs médiévaux de la Bible préfèrent considérer le millénium comme métaphore 9AUGUSTIN, La cité de Dieu, 20.7-10.. Augustin s’appuie sur le verset de Pierre déjà cité (2 P 3.8) pour proposer une lecture moins littérale des « mille ans » dont parle Jean, et condamne explicitement les chiliastes ou tous ceux qui lisent les versets de l’Apocalypse de manière « charnelle » 10Ibid., 20.7.. Pour l’orthodoxie religieuse, il est dangereux de prétendre calculer le début ou la fin du millénium. Ainsi, il est dit: « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » A quoi Jésus répond : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. » (Ac. 1.6-7)

Il est donc difficile, voire hérétique, de déterminer la date du début de la fin du monde. Et pourtant, chaque époque a cru, ou croit, être la dernière. Qu’en était-il des contemporains de Richard II et de Shakespeare ? Etaient-ils conscients de traverser une période de troubles et de décadence annonçant la fin des temps ?

Deux fins de siècle

Le Jubilé de Boniface IX en 1390 marqua le début d’une décennie de destruction, d’espoirs de paix déçus et de persécutions religieuses en Europe. En 1400, Richard II est assassiné en Angleterre. En France, Charles VI sombre dans la folie, et l’empereur romain germanique, Venceslas Ier, est déchu. En 1393, le poète John Gower écrivit:

What schal befalle hierafterward
God wot, for now upon this tyde
men se the world on every syde
In sondry wyse so dyversed
That it welnyh stant all reversed,
As forto speke of tyme ago. 11John GOWER, Confessio Amantis, Prologue, vers 26-31, cité par H. SCHWARTZ, op. cit., p. 68. Pour plus de détails sur les événements de l’époque, voir ibid., p. 63-74. Gower développe ici la topique du mundus inversus.

Tout comme la fin du quatorzième siècle a pu être marqué par des peurs apocalyptiques et le sentiment de vivre une époque décadente 12Le terme « décadent » apparaît à cette époque, mais ne prendra le sens moral qu’on lui connaît aujourd’hui que bien plus tard, au dix-neuvième siècle. Dans R2, on peut entendre encore, dans l’exclamation de Northumberland: “Most degenerate King!” (II.i.262), l’écho du sens originel de décadent, à savoir « dégradé », « en état de ruine »., la fin du seizième siècle est marquée, en Angleterre, par des phénomènes climatiques inquiétants 13Hillel Schwartz revient sur le « Fiery Trigon » de 1583 et évoque les huit comètes aperçues dans le ciel anglais entre 1577 et 1596. H. SCHWARTZ, op. cit., p. 108. et des incertitudes concernant la succession au royaume 14Voir l’introduction de C. FORKER, op. cit., p. 5-16, en particulier p. 8-9.. D’après Keith Thomas : “In the reign of Elizabeth many learned men agreed that the world was in its dotage and that the end could not be far off. There was widespread speculation about its timing: in 1589 the courtier, Anthony Marten, testified to ‘the number of prophets that God doth daily send to admonish all people of the latter day, and to give them warning to be in a readiness’. […] According to most commentators, [the] millenium had already begun.” 15Keith THOMAS, Religion and the Decline of Magic, New York, Scribner’s, 1971, p. 141. Les contemporains predisaient pour 1588 un annus horribilis. L’année fut un annus mirabilis marquée par la défaite de l’Invincible Armada, la fondation de la première colonie anglaise en Amérique par Sir Walter Raleigh, et la fin des derniers grands complots catholiques contre Elisabeth. Les signes étaient donc contradictoires, et l’inquiétude perdurait. Phénomènes météorologiques, peur de la fin des temps: autant de signes fidèlement rapportés dans Richard II par le capitaine gallois qui revient, ce faisant, sur le lien entre macrocosme et microcosme:

Tis thought the King is dead. We will not stay.
The bay trees in our country are all withered,
And meteors fright the fixed stars of heaven;
The pale-faced moon looks bloody on the earth,
And lean-looked prophets whisper fearful change; […]
These signs forerun the death or fall of kings. (II.iv.7-17)

Comme le rappelle Charles R. Forker, certains de ces signes ne sont pas un pur artifice dramatique ajouté par Shakespeare. Dans ses Chronicles(1587), Raphael Holinshed rapportait qu’on avait effectivement vu des choses étranges en l’an 1399 : “Old baie trees withered, and afterwards, contrarie to all mens thinking, grew greene again, a strange sight, and supposed to import some vnknowne euent.” (3.496) 16Cité par C. FORKER, op. cit., p. 307.

A deux siècles de distance, la peur frappe donc l’Angleterre. Au-delà du sentiment de peur, dont il est difficile de déterminer les contours 17« Dans l’Europe du début des Temps modernes, la peur, camouflée ou manifestée, est présente partout. » Jean DELUMEAU, La Peur en Occident, Paris, Fayard, 1978, p. 31., il nous faut reprendre la question doctrinale posée par le chapitre 20 de l’Apocalypse. Dans quelle mesure peut-on parler de millénarisme dans Richard II ? La tendance apocalyptique décelable à deux fins de siècle distincts se traduit-elle, pour autant, en une croyance en un millénium ?

Les sources ne nous permettent pas de soutenir l’hypothèse d’un Richard II millénariste, ni même d’un roi convaincu de l’imminence de la fin des temps. Même au plus bas, le personnage de Shakespeare maintient sa foi en la continuation de l’Histoire: s’il revient souvent sur le thème du monde discordant, il n’est nulle part question de fin des temps, sinon d’une histoire qui se termine mal. Qui plus est, ce que l’on sait de lui ne correspond en rien à la tradition millénariste la plus répandue au moyen âge : le joachimisme, du nom de l’abbé calabrais Joachim de Flore (1135-1201) dont on connaissait le Commentaire sur l’Apocalypse et la théorie de la Concordance de l’Ancien et du Nouveau Testament 18Une anecdote célèbre rapporte que Joachim rencontra Richard Ier « Cœur de Lion » à Messine ca. 1190. Le roi, partant pour la Troisième Croisade, l’aurait consulté sur l’Antéchrist. Voir Marjorie REEVES, The Influence of Prophecy in the Later Middle Ages. A Study in Joachimism, Oxford, 1969.. Le joachimisme rencontra un écho considérable parmi les franciscains. Loin d’embrasser l’idéal franciscain d’une vie de complet dénuement, à l’image du Christ, en attente du Jugement Dernier, Richard II était un roi à la fois prodigue et accapareur : “a man destitute of sobrietie and wisedome, […] that so abused his authoritie”, d’après Holinshed 19Raphael HOLINSHED, Richard the second, the second sonne to Edward prince of Wales in The Chronicles of England, Scotland and Ireland, Londres, Printed by Henry Denham, at the expenses of Iohn Harison, George Bishop, Rafe Newberie, Henrie Denham, and Thomas Woodcocke, [1587], in Horace Howard Furness Memorial (Shakespeare) Library. Folio DA130. H7 1587, p. 493.. Ces traits sont amplement développés dans Richard II.

Si du côté du personnage éponyme il n’est pas possible de parler de millénarisme, qu’en est-il des prophètes auto-proclamés que sont Jean de Gand (II.i) et l’évêque de Carlisle (IV.i) ?

Les prophètes : Jean de Gand

Methinks I am a prophet new inspired,
And thus, expiring do foretell of him.
His rash fierce blaze of riot cannot last,
For violent fires soon burn out themselves;
Small showers last long but sudden storms are short;
He tires betimes that spurs too fast betimes;
With eager feeding food doth choke the feeder.
Light vanity, insatiate cormorant,
Consuming means, soon preys upon itself. (II.i.31-39)

Dans le premier cas, la prophétie de Gand est une suite de métaphores climatiques (violent fires, small showers, sudden storms) ou animalières (insatiable cormorant). Il s’agit là d’images prophétiques popularisées en Angleterre depuis le douzième siècle avec la « prophétie de Merlin » de Geoffrey de Monmouth 20Geoffrey of MONMOUTH, Historia Regum Brittaniae, trad. A. Thompson, éd. J.A. Giles, Londres, J. Bohm, ca. 1138 [1842], Livre VII. Basées sur l’interprétation de figures animales, les prophéties merliniennes parlent de l’avenir de l’Angleterre en termes allégoriques souvent obscurs (the red and white dragon, the boar of Cornwall, a sea-wolf, a lion of justice, an eagle, the goat of the Venereal castle, serpents, the ass of wickedness, wolves, the fox of Kaerdubalem, the adder of Lincoln). Ce symbolisme animalier a été maintes fois réinterprété aux quinzième et seizième siècles à la lumière des préoccupations politiques du moment. Son influence à travers les siècles est attestée par l’élisabéthain Henry Howard: “Merlin’s prophecies were chained to the desks of many libraries in England with great reverence and estimation.” Henry HOWARD [Earl of Northampton], A defensative against the poyson of supposed prophecies, Londres, Printed by Iohn Charlewood 1583, and reprinted by William Iaggard and to be sold by Mathew Lownes [1620], rapporté par K. THOMAS, op. cit, p. 394.. Comme le note C. R. Forker, ces vers sont un recueil d’apophtegmes, une accumulatio destinée à faire de Jean de Gand un musée vivant de la sagesse immémoriale d’un peuple, un lien vivant entre le passé et le présent 21C. FORKER, op. cit., p. 245n.. En citant des dictons qui appartiennent à la langue et non à un individu historiquement déterminé, la parole de Gand devient anhistorique et intemporelle; il est, non plus l’aristocrate héritier du Duché de Lancastre de la fin du quatorzième siècle, mais une incarnation de l’Angleterre, comme si Gand était l’effigie mystique de l’Angleterre, à la fois figée dans son sommeil de pierre et toujours-présente. La phrase : “For sleeping England long time have I watched” (II.i.77) pourrait en effet s’entendre de deux manières. « Moi, Gand, ai longtemps veillé sur l’Angleterre tranquille »; mais aussi, « Moi, Gand, dans mon sommeil, j’ai longtemps observé l’Angleterre ». L’absence de ponctuation permet ces deux lectures. Ce lien mystique entre l’homme et le pays est à l’image du lien entre macrocosme (les astres) et microcosme (le sort du roi) illustré par la prophétie du capitaine gallois.

Les prophètes : l’évêque de Carlisle

And if you crown him, let me prophesy
The blood of English shall manure the ground,
And future ages groan for this foul act.
Peace shall go sleep with Turks and infidels […]
and this land be called
The field of Golgotha and dead men’s skulls.
O, if you raise this house against this house,
It will the woefullest division prove
That ever fell upon this cursed earth.
Prevent it, resist it, let it not be so,
Lest child, child’s children, cry against you, ‘Woe !’ (IV.i.137-150)

La prophétie de l’évêque de Carlisle, elle, exploite des motifs chrétiens (Turks and infidels, field of Golgotha, cursed earth, IV.i.140, 145, 148) sans, toutefois, évoquer la fin du monde. Par ailleurs, son caractère hypothétique (“And if you crown him, let me prophesy…”, 137) rend presque sa prophétie inefficace. Plutôt que de prédire l’avenir, l’évêque tente de le prévenir (Prevent it)et sa parole n’est pas efficace 22On peut penser au sens théologique du mot (comme dans « grâce efficace », ainsi que l’entendent les Jansénistes) ou au sens linguistique (“performative utterance”, définie par J. L. AUSTIN, How to Do Things with Words, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1962). En termes théologico-linguistiques, on pourrait arguer que le marqueur linguistique du libre-arbitre est la conjonction if., mais perspicace.

Si, dans les deux cas, ces prophètes auto-proclamés annoncent une catastrophe nationale, nous sommes loin de l’expression d’une croyance en un millénium, qu’il soit à venir ou déjà entamé. Il est donc préférable de se garder d’appeler « millénariste » ce qui n’est qu’une tendance apocalyptique ou une réflexion sur la fin des temps ou l’eschatologie. Pour reprendre les conclusions de Marjorie Reeves : “How should we categorize this type of apocalyptic dream which hovers over the end of history? I do not think we should label it millenarianism. The terms millennium and millenarian are far too loosely used. They should be tied to the particular text of Apc. 20, 2 from which they derive. This prophecies a supranatural event, a divine intervention into the time-process, whereas here we are dealing with apocalyptic visions of the climactic period of human history.” 23Marjorie REEVES, « English Apocalyptic Thinkers (c.1540-1620) », Storia e figure dell’Apocalisse fra ‘500 e ‘600. Atti del 4° Congresso internazionale di studi gioachimiti, ed. R. Rusconi, Viella, 1996, p. 270. En revanche, on remarque au dix-septième siècle une explosion du nombre de textes millénaristes ou apocalyptiques. Voir C. HILL, op. cit.

Lollardisme : du XIVème au XVIème siècle

D’après M. Reeves, l’époque élisabéthaine a connu un regain d’intérêt pour l’Apocalypse, après une première période d’engouement au quatorzième siècle 24“Years ago Morton Bloomfield gathered together much of the manuscript evidence to show the widespread distribution of apocalyptic material in fourteenth-century England”. M. REEVES, op. cit., p. 260., quand les thèmes apocalyptiques furent disséminés grâce aux Lollards, qui militaient pour un retour à l’église primitive. Les lollards critiquaient la corruption de la hiérarchie ecclésiastique, comme l’avaient fait avant eux les Spirituels du Continent au treizième siècle, d’inspiration nettement joachimite. Ainsi, Reeves mentionne “A Lollard tract, The Last Age of the Church, once attributed to Wycliffe, [which] calculates, on the basis of the supposedly Joachimist work, De semine Scripturarum,that the last tribulations of the Church have begun and that the world will end in 1400.” 25Ibid., p. 260.

Sous les persécutions de Henry VIII et de Mary, de nombreux réformistes intéressés par les interprétations apocalyptiques de l’histoire durent s’exiler sur le Continent, avant de revenir en Angleterre sous le règne d’Elisabeth, rapportant avec eux des textes prophétiques, apocalyptiques ou millénaristes, condamnés par l’église catholique. Ainsi, le polémiste John Bale 26John Bale travailla longtemps avec John Foxe, l’auteur de Actes and Monuments, publié en 1563. L’œuvre, plus connue sous le nom de Foxe’s Book of Martyrs, eut une influence considérable en Angleterre. Bale et Foxe s’exilèrent tous deux pendant le règne de Mary et retournèrent en Angleterre imbibés de lectures apocalyptiques provenant du Continent. Voir M. REEVES, op. cit., p. 263-265. (1495-1563) s’exila un temps aux Pays-Bas, à Francfort puis à Bâle, avant de revenir en Angleterre avec, entre autres, des œuvres de Pierre Jean de Olivi (ca. 1248-1298) ou d’Arnaud de Villeneuve (ca. 1235-1313), deux autres importants « prophètes » au moyen âge, après Joachim. Notons dès à présent que Bale composa lui-même une collection martyrologique intitulée Brefe Chronicle concerynge the Examinacyon and death of … Syr Johan Oldecastell 27Ibid., p. 263..

Sans trop entrer dans les détails de l’historiographie sur le lollardisme, rappelons cependant que Wycliffe et les lollards furent, un temps, sous la protection de Jean de Gand et des nobles anti-cléricaux, avant de perdre cet appui lorsque ces derniers se rendirent compte que les principes animant ce mouvement réformiste ne visaient pas que l’Eglise, sinon l’ordre social anglais tout entier 28L’appui de Jean de Gand et d’autres nobles du royaume était vraisemblablement motivé par la possibilité de s’emparer des sources de revenus monastiques.. Plus tard, ce fut le fils de Gand, Henry IV, qui contribua à persécuter les lollards en promulgant De heretico comburendo en 1401, qui interdisait toute traduction de la Bible (une des principales revendications des lollards). Puis, sous le règne de Henry V, ce sont des nobles comme Sir John Oldcastle, ancien compagnon du roi, qui furent persécutés pour lollardisme. Oldcastle fut condamné pour hérésie en 1413. Après avoir réussi à échapper à la justice pendant quelques années, il fut finalement capturé, pendu et brûlé en 1417.

Shakespeare a accordé une large place à Jean de Gand et à Falstaff dans ses Histories — Falstaff étant le nom finalement retenu pour désigner Sir John Oldcastle 29C’est après les premières représentations de 1 Henry IV que Shakespeare dut changer le nom de son personnage, suite aux pressions des descendants de Oldcastle, les Cobham. Le nom finalement retenu est dérivé de celui de Sir John Fastolf, également un lollard, dont l’histoire retint le rôle peu glorieux dans la bataille de Patay en 1429 contre les français. —, tout en adaptant le contexte politico-religieux de ses sources à des impératifs dramatiques ou politiques (notamment en matière de censure 30On retiendra, en effet, l’omission de la scène de la déposition (IV.i.155-318) dans les premiers quartos. Voir C. FORKER, op. cit., p. 506-507. ). Ceci explique sans doute pourquoi, dans Richard II, il n’est pas fait explicitement référence au rôle de tuteur qu’a pu jouer Jean de Gand pendant le règne de Richard II 31Grâce à son mariage avec Blanche de Lancastre puis avec Constance de Castille, Jean de Gand était le prince le plus fortuné du pays, avec une trentaine châteaux en Angleterre et en France. Il était en mesure de rivaliser, de ce point de vue, avec son neveu et roi, Richard II, sans pour autant jamais s’en vanter.. En commençant la pièce par le duel entre Mowbray et Bolingbroke, Shakespeare ne revient pas sur les vingt premières années du règne du roi, pendant lesquelles Jean de Gand a joué un rôle parfois moins louable que ce qui nous est dépeint dans les premiers actes. La pièce s’attarde sur ce que l’on pourrait appeler la « cause efficiente » de la déposition du monarque: la confiscation des biens de l’hériter de Gand, Henry Bolingbroke. On n’évoque pas la révolte paysanne de 1381 causés par une taxe ordonnée par Gand 32Ce que l’on appelle the Peasant’s Revolt, ou Wat Tyler’s Rebellion ou the Great Rising eut aussi un soutien des lollards, comme celui du prêtre John Ball dont les sermons à Blackheath en faveur d’une plus grande égalité sociale attisèrent les rebelles (c’est à lui que l’on attribue le célèbre mot: “When Adam delved and Eve span, Who was then the gentleman?”). Ball fut arrêté puis exécuté. John Gower traita de cette révolte dans son long poème Vox Clamantis. Il voyait dans ce soulèvement une œuvre de l’Antéchrist. ; et on ne nous présente que de façon allusive le conflit de 1387 entre Richard II et les Lords Appellant, c’est-à-dire entre le monarque et, entre autres, son oncle Thomas of Woodstock, Duc de Gloucester, et Henry Bolingbroke. Il n’est pas fait mention de ce premier épisode de dépossession dans Richard II alors qu’il explique les dernières années de règne du roi et son autoritarisme. La seule référence aux Lords Appellant est purement technique. Bolingbroke emploie l’expression pour désigner les nobles qui se querellent au sujet d’Aumerle (IV.i.105).

Tout porte à croire que, pour Shakespeare, ce qui fait le cœur de la tragédie du roi Richard II 33Les premières éditions de la pièce parlent de Tragedy dans le cas de R2 ou de Richard III, mais de History ou de Chronicle dans le cas de 1 Henry IV, 2 Henry IV ou Henry V. est la chute d’un monarque de droit divin — une chute qui annonce un siècle de guerre civile.

De la même façon, mais à l’inverse, ce que l’on devine des croyances religieuses de Falstaff dans 1 Henry IV ou 2 Henry IV ne ressemble en rien à ce que l’on sait par ailleurs de Sir John Oldcastle : loin d’être un martyr dont on honore la mémoire, Falstaff–Oldcastle est un personnage de bouffon.

Dans l’un et l’autre cas, Shakespeare a gommé les liens qui unissaient Jean de Gand et Oldcastle aux lollards, et, de ce fait, on peut se demander s’il existe encore, dans les tétralogies, des références aux préoccupations eschatologiques qui sous-tendaient ce mouvement réformiste. Malgré un traitement partial par Shakespeare du contexte religieux de la fin du quatorzième siècle, le dramaturge exploite en effet des motifs apocalyptiques. S’agit-il de motifs à caractère protestant, ou de motifs plus typiquement catholiques ?

Apocalypse catholique ou protestante?

Les motifs apocalyptiques développés par l’évêque de Carlisle ne nous permettent pas de répondre de manière assurée à la question posée. Les termes qu’il emploie ne peuvent pas être identifiés comme reflétant une doctrine plutôt catholique ou protestante. Ce sont les éléments à la périphérie de cette prophétie apocalyptique qui nous donnent à penser qu’il existe bien, dans Richard II, une eschatologie catholique sous-jacente.

Shakespeare ne pouvait pas proposer de façon trop voyante une vision « papiste » de la fin des temps, une eschatologie trop « politique ». Au vu de la situation de l’Angleterre en 1595, c’est-à-dire après la défaite de la croisade catholique de l’Armada en 1588, il était impossible de s’en prendre à Elisabeth Ire alors érigée en figure providentielle défendant l’Angleterre de l’Antéchrist de Rome 34Plus tard, ce sera Jacques Ier qui, à l’occasion de la découverte de la Conspiration des Poudres en 1605, incarnera la figure providentielle qui aura délivré l’Angleterre des complots catholiques. Voir Gary WILLS, Witches and Jesuits: Shakespeare’s Macbeth. New York, Oxford University Press, 1995..

Si l’imagerie apocalyptique exploitée par l’évêque n’est pas particulièrement révélatrice de la position de Shakespeare vis-à-vis de la Réforme, il semblerait que de ne pas mentionner les troubles causés par le lollardisme dans Richard II viendrait en appui de la thèse d’un Shakespeare crypto-catholique. Pour Shakespeare, il n’est pas question d’honorer la mémoire de ceux qui ont tenté de réformer l’église, qu’ils soient lollards ou protestants. Les conclusions des lollards 35Voir H. S. CRONIN, “The Twelve Conclusions of the Lollards”, English Historical Review, 22 (avril 1907), p. 292-304. concernant la pauvreté ecclésiastique et le pouvoir temporel de l’église (quia nemo potest duobus dominis servire) furent ignorées, puis réfutées au quatorzième siècle par l’orthodoxie catholique et le pouvoir en place. Au seizième siècle, Shakespeare en fait autant, sinon plus : il se moque des lollards, par son traitement bouffon de Sir John Oldcastle–Falstaff, considéré par les protestants comme un des premiers martyrs de la Réforme en Angleterre. Même corrompue, il n’est pas possible de s’attaquer à une hiérarchie ecclésiastique divinement instituée. Comme le dit Gand à la Duchesse de Gloucester:

God’s is the quarrel, for God’s substitute,
His deputy anointed in His sight,
Hath caused his death, the which if wrongfully,
Let heaven revenge, for I may never lift
An angry arm against His minister. (I.ii.37-41)

La position de Gand s’applique à la fois au roi et aux ministres de Dieu, en vertu de la théorie de la monarchie de droit divin. Le roi est le représentant de Dieu sur terre (His deputy anointed); il n’est pas permis de s’en prendre à lui.

La scène de la déposition insiste sur le caractère non-naturel et proprement sacrilège de ce que l’on pourrait appeler la « Réforme » de Henry Bolingbroke. L’acte IV, le moins fidèle aux sources, fait référence à plusieurs reprises au Nouveau Testament pour souligner les parallèles entre cette Réforme et les derniers jours du Christ. Richard se compare au Messie trahi par Judas (IV.i.170-172), et ses interlocuteurs sont des Ponce Pilate (IV.i.239-241). L’évêque de Carlisle, lui, prophétise une guerre fratricide qui transformera l’Angleterre tout entière en un nouveau Golgotha, dans une envolée prophétique notoirement absente des sources 36Dans ce que rapporte Holinshed dans ses Chronicles, l’évêque de Carlisle se contente de récuser la légalité de la procédure de destitution en l’absence du roi, celui-ci n’ayant pas l’occasion de répondre aux chefs d’accusation qui lui sont reprochés. Le passage de Holinshed ([22 October 1399], 3.512) est cité par C. FORKER, op. cit., p. 497-498.. A ces références aux évangiles dans la bouche de deux représentants de Dieu sur terre, l’un politique, l’autre ecclésiastique, il faut ajouter une référence insistante à l’Apocalypse de Jean (Ap. 3.5). Richard dit que le document qu’il est sommé de lire à voix haute est : “Marked with a blot, damned in the book of heaven” (IV.i.236), une référence à l’Apocalypse déjà évoquée dans le premier acte par la première victime de la pièce, Thomas Mowbray (I.iii.202).

Poésie et prophétie

En proposant des prophéties apocalyptiques absentes des sources, Shakespeare se veut-il le porteur d’un message politique ? Les historiens ont pu remarquer la réapparition de prophéties politiques au moment de troubles dynastiques, pendant la guerre des Deux-Roses, à la fin du règne d’Henri VIII, à la fin du règne d’Elisabeth, puis sous le règne de Charles Ier. Pour contrôler tout soulèvement provoqué par des prophéties que l’on retrouvait souvent d’une époque à l’autre, les lois ont été multipliées interdisant formellement tout type de pratique divinatoire: lois de 1541-2, 1549-50, ou encore de 1563 37K. THOMAS, op. cit., p. 397-398.. Si l’on part du principe que Shakespeare était effectivement porteur d’un message politique, ceci nous permet de comprendre pourquoi il avait choisi de commencer sa carrière dramatique par des Histories, alors qu’il avait déjà à sa disposition Ovide, et les historiens greco-romains. En exploitant l’histoire nationale et des légendes prophétiques connues de tous, Shakespeare pouvait contourner la censure et tirer de l’histoire de l’Angleterre bien plus qu’une simple narration : une nouvelle vision de la fin des temps. La manière d’exploiter ses sources historiques permet à Shakespeare de créer, sinon des personnages qui seraient des annonciateurs de l’Apocalypse ou du Millénium, du moins une structure et une série dramatique qui nous propose, par le moyen d’une représentation de l’histoire, un eschaton poétique et prophétique. Sir Philip Sidney, dans An Apologie for Poetrie,revient sur la nature prophétique de l’inspiration poétique :

Among the Romans a Poet was called Vates, which is as much as a Diuiner, Fore-seer, or Prophet, as by his conioyned wordes Vaticinium and Vaticinari, is manifest: so heauenly a title did that excellent people bestow vpon this hart-rauishing knowledge. 38Sir Philip SIDNEY, An Apologie for Poetrie, London, 1595 [1869], ed. Edward Arber, in AMS English Reprints, New York, 1966, vol. 1, p. 23.

A ce stade, on peut proposer la thèse suivante : Shakespeare aurait dépeint, avec Richard II, sinon des personnages joachimites et millénaristes, du moins une vision prophétique de l’histoire de type proto-joachimite. Richard II est l’occasion pour le dramaturge de travailler des réseaux de concordances entre un temps passé et un temps présent ou à venir, à l’instar de la théorie joachimite de la concordance des deux Testaments :

  1. à la prophétie de l’acte II (avant la chute), correspond une prophétie « en miroir » à l’acte IV (après la chute) ;
  2. à la déposition de Richard II, correspond celle d’Edouard II, deux générations plus tôt (une tragédie déjà mise en scène par Marlowe en 1592) ;
  3. au parricide de Gloucester ordonné par Richard avant le premier acte, correspond le parricide 39Au quinzième siècle, le terme de « parricide » s’applique également au meurtre du souverain. de Richard ordonné par Henry IV au dernier ;
  4. au crime d’Abel et Caïn auquel Henry Bolingbroke fait référence dans la première et dernière scène de la pièce, correspond la trahison de Judas évoquée par Richard à plusieurs reprises dans les actes intermédiaires.

Ces concordances entre un temps passé (Ancien Testament) et un temps présent ou à venir (Nouveau Testament) servent à mettre en perspective l’histoire de Richard II dans la série dramatique des tétralogies. Elles servent également à poursuivre la réflexion des spectateurs sur le temps présent au-delà de ce qui est mis en scène dans les tétralogies, à la manière de Joachim. Joachim de Flore invitait ses lecteurs à réfléchir aux tribulations auxquelles il fallait encore s’attendre avant d’atteindre une période de véritable paix terrestre. D’après ses calculs, l’église du Nouveau Testament n’avait subi que les premières persécutions annoncées dans l’Ancien Testament. Shakespeare, en arrêtant ses tétralogies au couronnement de Henry VII, nous invite à réfléchir sur les tribulations que l’Angleterre doit encore subir avant de profiter d’une période de paix durable.

Antéchrist(s)

Pour compléter le schéma proto-joachimite, on pourrait arguer que Shakespeare annonce dans Richard II l’arrivée de l’Antéchrist qui venait d’être interprété en 1592 par Richard III dans la pièce éponyme. Il s’agit bien d’une annonce, puisque la plupart des prophéties dans Richard II ne se réalisent pas au cours de la pièce. Malgré les similarités entre les prophéties de guerre civile de Gand et de Carlisle, c’est-à-dire malgré une répétition plutôt évidente de visions de guerre civile, personne, à part le public, n’y prête beaucoup attention. On ne trouve pas dans Richard II de prophétesse comme la reine Margaret de Richard III dont les malédictions hantent les personnages tout au long de la pièce. Dans Richard II, les femmes restent toujours en-deçà de l’inspiration prophétique, et c’est à peine si on les écoute : la reine Isabel pressent le malheur, sans pour autant jamais réussir à formuler clairement ses craintes. Dans un cas, c’est Green qui lui permet de déchiffrer ses pressentiments après-coup (II.ii.62), dans l’autre, c’est Adam, le jardinier, qu’elle presse de questions (III.iv.72-80), presque à la manière du prophète Daniel qui prédit, à sa demande et devant l’intéressé, la chute du roi Balthazar (Dn. 5.25-30). On trouve les mêmes doutes chez la Duchesse de Gloucester : ses avertissements à Gand n’ont pas la force accusatoire des prophéties de Margaret:

What shall I say? To safeguard thine own life
The best way is to venge my Gloucester’s death. (I.ii.35-6)

Si on ne retrouve pas de prophétesse comme Margaret, c’est sans doute parce que les embryons prophétiques des personnages féminins de Richard II ne sont, précisément, que des embryons ou, pour reprendre l’expression de Bacon, “a germinant accomplishment”. Contrairement à ce qui se passe dans Richard III, il n’y a aucun enfant à massacrer, aucun héritier au trône, alors qu’il est souvent fait allusion à l’enfantement ou au ventre maternel (womb). Reprenons la réplique d’Isabel mentionnée précédemment:

So, Green, thou art the midwife to my woe
And Bolingbroke my sorrow’s dismal heir.
Now hath my soul brought forth her prodigy,
And I, a gasping new-delivered mother,
Have woe to woe, sorrow to sorrow joined. (II.ii.63-6)

Ces vers font écho à la réplique précédente:

Yet again, methinks,
Some unborn sorrow, ripe in Fortune’s womb,
Is coming towards me, and my inward soul
With nothing trembles. At something it grieves
More than with parting from my lord the King. (II.ii.9-13)

L’emploi de la métaphore du ventre maternel souligne clairement le caractère monstrueux de la prise du pouvoir par Bolingbroke, né tel un « prodige » (prodigy). Bolingbroke est à la fois l’héritier légitime au trône (heir), et un produit contre-nature de l’esprit, et non du corps, de la reine (my sorrow’s … heir… my soul’s… prodigy). Il est, sinon l’Antéchrist, du moins un des antéchrist 40“Before Joachim medieval Christian theology and folklore allowed the existence of many ‘antichrists,’ but only one Antichrist.” Robert E. LERNER, “Antichrists and Antichrist in Joachim of Fiore”, Speculum, vol. 60, 3 (juillet 1985), p. 554. R. Lerner revient sur la question des multiples Antéchrists chez Joachim pour en souligner les aspects novateurs. St Jérôme et St Augustin avaient déjà distingué l’antéchrist et l’Antéchrist. Voir, par exemple, AUGUSTIN, op. cit., 20.19. qui causera la Guerre des Deux Roses. Une guerre qui sera une période de tribulations avant le millénium dont le début présumé serait l’avènement de Henry VII et de la dynastie Tudor. Que Henry Bolingbroke puisse être pris pour une figure de l’Antéchrist peut se justifier par son habileté politique et sa piété de façade. Il parle de son pèlerinage en Terre Sainte pour détourner l’attention de ses sujets des querelles intestines (V.vi.49-50) 41Sur son lit de mort, Henry IV confiera ces mots à son fils : “[I] had a purpose now / To lead out many [of my rivals] to the Holy Land, / Lest rest, and lying still, might make them look / Too near unto my state.” 2H4, IV.iii.338-341.. Ce pèlerinage, il ne le fera jamais, même s’il ne cessera d’en parler dans la seconde tétralogie. Il incarne ainsi l’imposteur qui se comporte en saint homme alors qu’il s’apprête à plonger le pays dans un siècle de guerre civile. Cette guerre s’achèvera avec le dernier Antéchrist, Richard III, un autre imposteur qui aura imité la conduite d’un saint homme pour mieux s’emparer de la couronne 42“And look you get a prayer-book in your hand, / And stand between two churchmen, good my lord […] / Play the maid’s part: still answer nay, and take it.” R3, III.vii.46-50..

Croisade

Shakespeare décide de parler de croisade pour terminer Richard II. C’est le signe d’une tension eschatologique 43Voir André VAUCHEZ, « Les composantes eschatologiques de l’idée de croisade », in Saints, prophètes et visionnaires: Le pouvoir surnaturel au Moyen Age, Paris, Albin Michel, 1999, p. 95-105., d’une réflexion sur la fin des temps, une façon d’explorer, avec Richard II, la deuxième thèse majeure de Joachim selon laquelle le millénium aurait lieu dans l’histoire, avec l’avènement du troisième état de l’église, celui de l’Ecclesia Spiritualis, après le passage de plusieurs antéchrists avant l’Antéchrist final. Avec Richard II, une des rares pièces entièrement versifiées du canon shakespearien, le dramaturge explore l’histoire de son pays et propose une eschatologie à la fois optimiste et pessimiste, joachimite et augustinienne 44“Thus the view of historical purpose offered by Joachim at the beginning of the thirteenth century was characterized by a blend of the traditional pessimistic pattern with a new, more positive expectation of transition to an age of human fructification preceding End-time. However, throughout the period under review, what may be roughly termed the Augustinian and the Joachimist views of Last Things existed side by side, in opposition or in interaction.” Marjorie REEVES, “Pattern and Purpose in History in the Later Medieval and Renaissance Periods”, in Apocalypse Theory and the Ends of the World, ed. M. Bull, Oxford, 1995, p. 91.. Ses personnages, à la fois poètes et prophètes, examinent les problèmes téléologiques que leur posent la narration de l’histoire. A mi-chemin entre le médecin et l’historiographe, le poète–prophète nous offre une vision qui alimente notre réflexion sur l’eschatologie, qui nous fait nous interroger activement sur le sens de l’histoire. Le mot de l’évêque de Carlisle, “Let me prophesy”, est autant un acte de langage (il dit qu’il va prophétiser et, ce faisant, prophétise) qu’un manifeste poétique, comme s’il nous invitait à prophétiser à notre tour.

References   [ + ]

1. Joel FINEMAN, “The History of the Anecdote: Fiction and Fiction”, in The New Historicism,ed. Harold Veeser, Londres, Routledge, 1989, p. 61.
2. Les faits historiques remontent aux années 1397-1400 ; la pièce daterait de 1595. Sur la date de composition de la pièce, voir Charles R. FORKER, King Richard II, Londres, Arden Shakespeare, 2002, p. 111-120. Toutes les références à la pièce, ci-après désignée R2, sont tirées de cette édition.
3. Remarquons dès à présent que le concept de « fin de siècle » remonte au dix-neuvième siècle: “Late in 1885, fin de siècle made its popular debut as a single phrase, a phrase at first descriptive of personal manner and carriage, then of the manners and carriage of the epoch itself. ‘To be fin de siècle,’ explained one French article in 1886, ‘is to be no longer responsible; it is to resign oneself in a nearly fatal fashion to the influence of the times and environs… It is to languish with one’s century, to decay along with it.’” Hillel SCHWARTZ, Century’s End: A Cultural history of the fin de siècle, New York, Doubleday, 1990, p. 159.
4. THUCYDIDE, Histoire de la guerre du Péloponnèse, traduction Jean Voilquin, Garnier Frères, Paris, s.d., 1.22.4, cité en anglais par J. FINEMAN, ibid., p. 52.
5. J. FINEMAN, ibid., p. 56. Citons, pour mémoire, la traduction française du texte hippocratique: « Il est impossible de rendre la santé à tous les malades, et cela vaudrait certainement mieux que de prévoir l’avenir ; mais comme les hommes périssent, les uns terrassés tout à coup par la violence du mal, avant d’avoir appelé le médecin, les autres presque aussitôt qu’ils l’ont fait venir, ceux-ci un jour après, ceux-là après un peu plus de temps, mais toujours avant qu’il lui ait été possible de combattre avec les moyens de l’art chaque maladie, il faut qu’il sache reconnaître la nature de ces affections et jusqu’à quel point elles dépassent les forces de l’organisme, et s’il n’y a point en elles quelque chose de divin, car ceci éclaire le pronostic. Un tel médecin sera justement admiré et excellera dans son art ; mieux que tout autre il saura préserver de la mort les malades susceptibles de guérison, en se précautionnant plus longtemps à l’avance contre chaque événement ; prévoyant et pronostiquant ceux qui doivent guérir et ceux qui doivent mourir, il sera exempt de reproche. » HIPPOCRATE, Le Pronostic, trad. Ch. V. Daremberg, Paris, Charpentier, Fortin, Masson, 1854-1856, §1.
6. Francis BACON, The Advancement of Learning, ed. G. W. Kitchin, Londres, New York, J.M. Dent & Sons, E.P. Dutton & Co., (1605) 1934, p. 69, p. 80.
7. J’utilise la traduction de l’école Biblique de Jérusalem, Paris, Desclée de Brouwer, 1975.
8. “Those who regularly and consistently equated the Pope or the papacy with Antichrist were the heretics — Joachim of Flora (c. 1135-1202), the Cathars, who thought Pope Sylvester I was Antichrist, the Albigensians, the Waldensians, the Spiritual Franciscans, the Fraticelli, Wyclif and the Lollards, Hus and the Hussites. […] By the time of Elizabeth I, the doctrine that the Pope was Antichrist had acquired a theoretical respectability which seemed to rescue it from the subservive dangers of medieval heresy and tie it safely to monarchy. This was mainly the work of Martin Bucer and John Foxe.” Christopher HILL, Antichrist in Seventeenth-Century England, Londres, Verso, [1971] 1990, p. 7-8, 13. Voir p. 1-77 pour un résumé très complet de la situation en Angleterre avant 1640.
9. AUGUSTIN, La cité de Dieu, 20.7-10.
10. Ibid., 20.7.
11. John GOWER, Confessio Amantis, Prologue, vers 26-31, cité par H. SCHWARTZ, op. cit., p. 68. Pour plus de détails sur les événements de l’époque, voir ibid., p. 63-74. Gower développe ici la topique du mundus inversus.
12. Le terme « décadent » apparaît à cette époque, mais ne prendra le sens moral qu’on lui connaît aujourd’hui que bien plus tard, au dix-neuvième siècle. Dans R2, on peut entendre encore, dans l’exclamation de Northumberland: “Most degenerate King!” (II.i.262), l’écho du sens originel de décadent, à savoir « dégradé », « en état de ruine ».
13. Hillel Schwartz revient sur le « Fiery Trigon » de 1583 et évoque les huit comètes aperçues dans le ciel anglais entre 1577 et 1596. H. SCHWARTZ, op. cit., p. 108.
14. Voir l’introduction de C. FORKER, op. cit., p. 5-16, en particulier p. 8-9.
15. Keith THOMAS, Religion and the Decline of Magic, New York, Scribner’s, 1971, p. 141.
16. Cité par C. FORKER, op. cit., p. 307.
17. « Dans l’Europe du début des Temps modernes, la peur, camouflée ou manifestée, est présente partout. » Jean DELUMEAU, La Peur en Occident, Paris, Fayard, 1978, p. 31.
18. Une anecdote célèbre rapporte que Joachim rencontra Richard Ier « Cœur de Lion » à Messine ca. 1190. Le roi, partant pour la Troisième Croisade, l’aurait consulté sur l’Antéchrist. Voir Marjorie REEVES, The Influence of Prophecy in the Later Middle Ages. A Study in Joachimism, Oxford, 1969.
19. Raphael HOLINSHED, Richard the second, the second sonne to Edward prince of Wales in The Chronicles of England, Scotland and Ireland, Londres, Printed by Henry Denham, at the expenses of Iohn Harison, George Bishop, Rafe Newberie, Henrie Denham, and Thomas Woodcocke, [1587], in Horace Howard Furness Memorial (Shakespeare) Library. Folio DA130. H7 1587, p. 493.
20. Geoffrey of MONMOUTH, Historia Regum Brittaniae, trad. A. Thompson, éd. J.A. Giles, Londres, J. Bohm, ca. 1138 [1842], Livre VII. Basées sur l’interprétation de figures animales, les prophéties merliniennes parlent de l’avenir de l’Angleterre en termes allégoriques souvent obscurs (the red and white dragon, the boar of Cornwall, a sea-wolf, a lion of justice, an eagle, the goat of the Venereal castle, serpents, the ass of wickedness, wolves, the fox of Kaerdubalem, the adder of Lincoln). Ce symbolisme animalier a été maintes fois réinterprété aux quinzième et seizième siècles à la lumière des préoccupations politiques du moment. Son influence à travers les siècles est attestée par l’élisabéthain Henry Howard: “Merlin’s prophecies were chained to the desks of many libraries in England with great reverence and estimation.” Henry HOWARD [Earl of Northampton], A defensative against the poyson of supposed prophecies, Londres, Printed by Iohn Charlewood 1583, and reprinted by William Iaggard and to be sold by Mathew Lownes [1620], rapporté par K. THOMAS, op. cit, p. 394.
21. C. FORKER, op. cit., p. 245n.
22. On peut penser au sens théologique du mot (comme dans « grâce efficace », ainsi que l’entendent les Jansénistes) ou au sens linguistique (“performative utterance”, définie par J. L. AUSTIN, How to Do Things with Words, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1962). En termes théologico-linguistiques, on pourrait arguer que le marqueur linguistique du libre-arbitre est la conjonction if.
23. Marjorie REEVES, « English Apocalyptic Thinkers (c.1540-1620) », Storia e figure dell’Apocalisse fra ‘500 e ‘600. Atti del 4° Congresso internazionale di studi gioachimiti, ed. R. Rusconi, Viella, 1996, p. 270. En revanche, on remarque au dix-septième siècle une explosion du nombre de textes millénaristes ou apocalyptiques. Voir C. HILL, op. cit.
24. “Years ago Morton Bloomfield gathered together much of the manuscript evidence to show the widespread distribution of apocalyptic material in fourteenth-century England”. M. REEVES, op. cit., p. 260.
25. Ibid., p. 260.
26. John Bale travailla longtemps avec John Foxe, l’auteur de Actes and Monuments, publié en 1563. L’œuvre, plus connue sous le nom de Foxe’s Book of Martyrs, eut une influence considérable en Angleterre. Bale et Foxe s’exilèrent tous deux pendant le règne de Mary et retournèrent en Angleterre imbibés de lectures apocalyptiques provenant du Continent. Voir M. REEVES, op. cit., p. 263-265.
27. Ibid., p. 263.
28. L’appui de Jean de Gand et d’autres nobles du royaume était vraisemblablement motivé par la possibilité de s’emparer des sources de revenus monastiques.
29. C’est après les premières représentations de 1 Henry IV que Shakespeare dut changer le nom de son personnage, suite aux pressions des descendants de Oldcastle, les Cobham. Le nom finalement retenu est dérivé de celui de Sir John Fastolf, également un lollard, dont l’histoire retint le rôle peu glorieux dans la bataille de Patay en 1429 contre les français.
30. On retiendra, en effet, l’omission de la scène de la déposition (IV.i.155-318) dans les premiers quartos. Voir C. FORKER, op. cit., p. 506-507.
31. Grâce à son mariage avec Blanche de Lancastre puis avec Constance de Castille, Jean de Gand était le prince le plus fortuné du pays, avec une trentaine châteaux en Angleterre et en France. Il était en mesure de rivaliser, de ce point de vue, avec son neveu et roi, Richard II, sans pour autant jamais s’en vanter.
32. Ce que l’on appelle the Peasant’s Revolt, ou Wat Tyler’s Rebellion ou the Great Rising eut aussi un soutien des lollards, comme celui du prêtre John Ball dont les sermons à Blackheath en faveur d’une plus grande égalité sociale attisèrent les rebelles (c’est à lui que l’on attribue le célèbre mot: “When Adam delved and Eve span, Who was then the gentleman?”). Ball fut arrêté puis exécuté. John Gower traita de cette révolte dans son long poème Vox Clamantis. Il voyait dans ce soulèvement une œuvre de l’Antéchrist.
33. Les premières éditions de la pièce parlent de Tragedy dans le cas de R2 ou de Richard III, mais de History ou de Chronicle dans le cas de 1 Henry IV, 2 Henry IV ou Henry V.
34. Plus tard, ce sera Jacques Ier qui, à l’occasion de la découverte de la Conspiration des Poudres en 1605, incarnera la figure providentielle qui aura délivré l’Angleterre des complots catholiques. Voir Gary WILLS, Witches and Jesuits: Shakespeare’s Macbeth. New York, Oxford University Press, 1995.
35. Voir H. S. CRONIN, “The Twelve Conclusions of the Lollards”, English Historical Review, 22 (avril 1907), p. 292-304.
36. Dans ce que rapporte Holinshed dans ses Chronicles, l’évêque de Carlisle se contente de récuser la légalité de la procédure de destitution en l’absence du roi, celui-ci n’ayant pas l’occasion de répondre aux chefs d’accusation qui lui sont reprochés. Le passage de Holinshed ([22 October 1399], 3.512) est cité par C. FORKER, op. cit., p. 497-498.
37. K. THOMAS, op. cit., p. 397-398.
38. Sir Philip SIDNEY, An Apologie for Poetrie, London, 1595 [1869], ed. Edward Arber, in AMS English Reprints, New York, 1966, vol. 1, p. 23.
39. Au quinzième siècle, le terme de « parricide » s’applique également au meurtre du souverain.
40. “Before Joachim medieval Christian theology and folklore allowed the existence of many ‘antichrists,’ but only one Antichrist.” Robert E. LERNER, “Antichrists and Antichrist in Joachim of Fiore”, Speculum, vol. 60, 3 (juillet 1985), p. 554. R. Lerner revient sur la question des multiples Antéchrists chez Joachim pour en souligner les aspects novateurs. St Jérôme et St Augustin avaient déjà distingué l’antéchrist et l’Antéchrist. Voir, par exemple, AUGUSTIN, op. cit., 20.19.
41. Sur son lit de mort, Henry IV confiera ces mots à son fils : “[I] had a purpose now / To lead out many [of my rivals] to the Holy Land, / Lest rest, and lying still, might make them look / Too near unto my state.” 2H4, IV.iii.338-341.
42. “And look you get a prayer-book in your hand, / And stand between two churchmen, good my lord […] / Play the maid’s part: still answer nay, and take it.” R3, III.vii.46-50.
43. Voir André VAUCHEZ, « Les composantes eschatologiques de l’idée de croisade », in Saints, prophètes et visionnaires: Le pouvoir surnaturel au Moyen Age, Paris, Albin Michel, 1999, p. 95-105.
44. “Thus the view of historical purpose offered by Joachim at the beginning of the thirteenth century was characterized by a blend of the traditional pessimistic pattern with a new, more positive expectation of transition to an age of human fructification preceding End-time. However, throughout the period under review, what may be roughly termed the Augustinian and the Joachimist views of Last Things existed side by side, in opposition or in interaction.” Marjorie REEVES, “Pattern and Purpose in History in the Later Medieval and Renaissance Periods”, in Apocalypse Theory and the Ends of the World, ed. M. Bull, Oxford, 1995, p. 91.